La Nation pme

Il y a des mots, puis il y a les faits. De tout temps, les faits avaient le dernier mot. Puis sans mot dire, les bons mots ont noyé les faits. La start up nation est un des mots d’ordre de cette dernière décennie, ce mantra hypnotique qui, depuis une décennie, enveloppe notre politique économique d’une brume enchanteresse. Aujourd’hui, la lumière crue des chiffres perce cette illusion : un échec retentissant, où des milliards d’euros d’argent public se sont dissous dans le grand bain d’une innovation de surface. 

En octobre 2024, la Direction générale des entreprises (DGE) publiait un rapport : entre 2016 et 2021, les start-ups françaises ont créé 40 000 emplois nets, pour plus de 30 milliards d’euros levés, et soutenus par 20 milliards d’aides et subventions. Un million d’euros pour un emploi créé en moyenne. Les mots n’arrivent pas à sauver l’argent public des faits. Et comme un clou de plus dans le cercueil de cette politique, plus de la moitié des 20 000 start-ups françaises ne sont toujours pas rentables après huit ans d’existence ce qui entraîne une mortalité multipliée par 3 par rapport aux entreprises classiques. Non contentes de ponctionner des fonds publics, elles s’évaporent, laissant derrière elles un paysage économique stérile, loin de l’IA ou des grandes innovations stratégiques qui façonnent notre siècle.

À l’autre bout du spectre, les grandes entreprises ne font guère mieux. Entre 2009 et 2020, elles ont détruit 40 000 emplois nets en France. Pourtant, elles continuent de prospérer, dopées par une politique fiscale qui les favorise. Tandis que la PME paie en moyenne 0,83 € d’impôt sur les sociétés pour 100 € d’excédent brut d’exploitation, une grande entreprise s’acquitte de 0,58 €, grâce à une optimisation fiscale millimétrée. Ces groupes, qui brandissent la menace de la délocalisation à l’instar du PDG de LVMH, dès qu’un gouvernement ose évoquer une hausse de l’impôt sur les sociétés, n’ont eu de cesse de réduire l’emploi sur notre sol, tout en augmentant leurs marges de cinq points grâce à la politique de l’offre sauce Emmanuel Macron.

A l’heure où le gouvernement fait les fonds des tiroirs pour boucler un budget, il est de bon ton d’appeler aux bons mots : les PME sont le cœur battant de notre économie. Elles créent plus de 60 000 emplois chaque année , elles ne délocalisent pas et elles n’optimisent pas leur fiscalité. Une étude de l’OCDE, explique que pour 1 euro d’aide fiscale reçue, les sociétés de moins de cinquante salariés investissent plus de 1,40 euro en R&D, et les grandes seulement 0,40 euro. Au lieu d’écouter les cris d’orfraie des dirigeants de grands groupes, les pouvoirs publics devraient davantage s’intéresser à l’essor de nos PME. 

Quatre axes pour une nation PME

Face à ce constat, il y a quatre leviers sur lesquels se focaliser. Premièrement, donner de la clarté aux PME dans le carcan administratif. Nos TPE/PME passent 140 heures par an sur des démarches administratives. Il y a un sentiment d’incompréhension généralisé qui se termine bien souvent dans un découragement fataliste face à l’autoritarisme administratif. Au moment où le nombre de défaillances d’entreprises est en train d’atteindre des niveaux records, la lourdeur kafkaïenne administrative continue de creuser le trou de notre pays. Un guichet unique, avec un interlocuteur dédié et une simplification drastique des obligations fiscales et sociales, permettrait aux entreprises de se concentrer sur l’essentiel : leur activité.

Deuxièmement , assurer une stabilité réglementaire quelque soit les gouvernements à la tête du pays. Gérer une entreprise, c’est anticiper, c’est avoir la capacité de se projeter à des horizons lointains. L’instabilité chronique réglementaires notamment en termes d’énergies, de cotisations et de taxes ne permet pas d’envisager des investissements ou des recrutements, créant une immobilité néfaste pour l’économie. Aucun chef d’entreprise en France n’est capable de vous citer tous les taux et les règles d’assujettissement sur les cotisations sociales, les modifications successives étant trop complexes à suivre. 

Troisièmement, appuyer le financement des TPE/PME. Le financement bancaire ou l’accès aux subventions relève du parcours du combattant. La BPI a su peser de tout son poids sur la dernière décennie pour le financement des start up, avec des investissements directs, des garanties bancaires et des subventions. Le même sort doit être réservé pour les TPE/PME, quelle que soit son activité. 

Enfin, réserver la commande publique aux PME. En 2023, seuls 27 % du montant des marchés publics ont bénéficié aux PME, sur 170 milliards d’euros de contrats. Ce chiffre doit être porté à plus de 50 %. La commande publique est un levier essentiel pour assurer un carnet de commandes régulier pour nos entreprises, permettant de développer et de structurer des emplois durables.

Mais cette transformation ne peut s’opérer sans contreparties. La Nation PME ne doit pas reproduire les erreurs du passé. En échange d’un soutien de l’État, les entreprises doivent améliorer les conditions de travail, revaloriser les salaires et favoriser l’actionnariat salarié. Un Plan PME Actionnariat permettrait aux travailleurs de bénéficier directement des fruits de leur labeur et de renouer avec un sentiment d’appartenance économique.

Le temps des faits

Les mots ne suffisent plus, ils ne créent pas d’emplois, il ne remplit pas les carnets de commandes et ne redonne pas confiance à une économie en panne. Prendre au mot les faits, qui nous indiquent une voie claire : l’avenir de la France ne repose ni sur les start-ups fragiles, ni sur les multinationales insaisissables, mais bien sur ses indépendants, ses TPE, ses PME, et sur ces millions de personnes qui façonnent le pays jour après jour, loin des projecteurs mais au cœur des faits.

Güney


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